Chanson

Samedi 3 février 2007
Il ne faudra jamais
Dire tout ce qu'on a vécu
Ça ne regarde pas
Les gens du temps qui passent
Ni mes histoires de cœur
Ni mes amours déçues
N'avantageront
Mon reflet dans la glace

Je suis un enfant
Qui marche à pas comptés
Entre des HLM
Et des fleurs en plastique
Entre trois cimetières
Et quatre vérités
En plein cœur d'un présent
Qui va fermer boutique

Il ne faudra jamais dire
Ce qu'on a compris
On l'a fait par hasard
Et sans aucun mérite
Quand j'ai vidé ma poche
Il me reste le prix
De quatre roses rouges
Et d'un cornet de frites

Il ne faudra jamais
Révéler nos secrets
Ça ne regarde pas
Les gens qui nous regardent
Ils viennent d'un pays
Où plus rien n'est sacré
Ils crèvent entre copains
Tant pis, que Dieu les garde

Il ne faudra jamais dire
Qu'on était heureux
Qu'on avait du talent
Qu'on était magnifiques
Que d'un exploit d'huissier
On savait faire du feu
Et que du mal d'amour
On faisait des musiques

Il ne faudra jamais dire
Qu'on était idiots
Qu'on ne savait rien
Mais qu'on vivait quand même
Quand on a dégusté
Sa jeunesse au boulot
Avec la mort qui vient

Serge Reggiani

.
Par Evrat
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Samedi 10 février 2007

M
es chers parents,

Je pars.
Je vous aime, mais je pars.
Vous n'aurez plus d'enfant,
Ce soir.
Je ne m'enfuis pas. Je vole.
Comprenez bien: je vole.
Sans fumée, sans alcool,
Je vole. Je vole.

C'est jeudi. Il est cinq heures cinq.
J'ai bouclé une petite valise
Et je traverse doucement
L'appartement endormi.
J'ouvre la porte d'entrée
En retenant mon souffle
Et je marche sur la pointe des pieds,
Comme les soirs
Où je rentrais après minuit,
Pour ne pas qu'ils se réveillent.

Hier soir à table,
J'ai bien cru que ma mère
Se doutait de quelque chose.

Elle m'a demandé si j'étais malade
Et pourquoi j'étais si pâle.
J'ai dit que j'étais très bien,
Tout à fait clair.
Je pense qu'elle a fait
Semblant de me croire,
Et mon père a souri.

En passant à côté de sa voiture,
J'ai ressenti comme un drôle de coup.
Je pensais que ce serait plus dur
Et plus grisant, un peu
Comme une aventure,
En moins déchirant.

Oh, surtout ne pas se retourner,
S'éloigner un peu plus.
Il y a la gare
Et après la gare,
Il y a l'Atlantique
Et après l'Atlantique...

C'est bizarre, cette espèce de cage
Qui me bloque la poitrine.
Ça m'empêche presque de respirer.
Je me demande si, tout à l'heure,
Mes parents se douteront
Que je suis en train de pleurer.
Oh, surtout ne pas se retourner,
Ni des yeux, ni de la tête,
Ne pas regarder derrière,
Seulement voir ce que je me suis promis,
Et pourquoi, et où, et comment.

Il est sept heures moins cinq.
Je me suis rendormi
Dans ce train qui s'éloigne un peu plus.
Oh, surtout ne plus se retourner,
Jamais.

Mes chers parents,
Je pars.
Je vous aime, mais je pars.
Vous n'aurez plus d'enfant,
Ce soir.
Je ne m'enfuis pas. Je vole.
Comprenez bien: je vole.
Sans fumée, sans alcool,
Je vole. Je vole.
Je vole.

Je ne m'enfuis pas. Je vole...

Je ne m'enfuis pas. Je vole.
Comprenez bien: je vole...

Par Evrat
Ecrire un commentaire - Voir les 7 commentaires - Recommander

Calendrier

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>

Recherche

Catégories

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus